I. Premiers voyages et débarquements, 1562-1565

1. Parris Island et Charlesfort

1562 ...La France est déchirée par les guerres de Religion (1562-98) entre Catholiques (avec à leur tête la maison des Valois) et Huguenots (Protestants Calvinistes). L'un des chefs du parti Huguenot, l'Amiral Gaspard de Coligny (1519-72), lui-même défenseur de la tolérance en matière de religion et qui prévoyait que la guerre serait longue, avait un autre projet. Choisissant l'un de ses proches subordonnés, le Capitaine Jean Ribault (1520-65), il lui octroya trois navires et lui ordonna d'explorer la possibilité de trouver, dans le Nouveau Monde, des territoires où les Huguenots persécutés pourraient s'établir et pratiquer leur religion en toute sécurité.

Le  Débarquement de Ribault,  Lee Adams, 1959. Visible à la Jacksonville Downtown Library. Cité de Jacksonville.

Ayant quitté la France le 18 février 1562 avec 150 colons, Ribault traversa La grande mer du Nord (L'océan Atlantique) et le 30 avril aborda l'embouchure de la rivière St. Johns dans l'actuelle Jacksonville. Il la baptisa « Rivière de Mai » car c'est au mois de mai qu'il l'avait découverte, et il érigea une colonne en pierres, revendiquant ce territoire pour la France. Plus tard, Ribault écrivait dans son journal :

« Mardi, dernier jour (30) du mois d'avril 1562, nous découvrîmes et approchâmes une belle côte, très étendue, couverte d'un nombre infini de beaux et grands arbres, alors que nous naviguions à sept ou huit miles du rivage, le pays nous apparut comme une plaine, sans rien qui ressemblât à une colline, et arrivés à quatre ou cinq miles de la terre, nous jetâmes l'ancre dans dix brasses d'eau, le fond de la mer en nous tenant fermement sur le côté sud jusqu'à un certain cap situé sous la latitude de 29 degrés et demi et que nous avons nommé cap François, » (à proximité de ce qui est aujourd'hui Cape Carnaveral).

L'expédition de Ribault fit ensuite cap au nord, cartographiant la côte et notant plusieurs rivières. Finalement ils arrivèrent au détroit de Port Royal, dans l'actuelle Caroline du Nord, où Ribault décida d'établir une colonie sur Parris Island, l'une des Iles au large de la côte. Le capitaine français surveilla la construction d'un petit fort qu'il nomma Charlesfort en l'honneur du Roi de France Charles IX. Laissant dans le fort une garnison de 27 soldats sous le commandement d'Albert de la Pierria , Ribault repartit pour la France où il espérait trouver des aides pour la nouvelle colonie. De retour en France Ribault soutint la cause des Huguenots, se rendit en Angleterre où il essaya d'obtenir l'appui de la reine Elizabeth I, mais soupçonné d'espionnage il fut emprisonné à la Tour de Londres. Quant à Charlesfort, le premier établissement fut abandonné un an plus tard et tous les colons, à l'exception d'un seul, repartirent pour l'Europe.

2. Fort Caroline et la première célébration d'Action de Grâces

En mars 1563 le Traité d'Amboise mit un terme à la guerre entre Catholiques et Huguenots et l'Amiral de Coligny décida d'entreprendre une nouvelle expédition en Amérique. Il en confia le commandement au Capitaine René Goulaine de Laudonnière (1529-74) qui avait été le second de Ribault pendant l'expédition de 1562 au cours de laquelle il débarqua sur la Dolphin River près de St. Augustine. Laudonnière avait pour mission de conduire en Floride près de 300 colons, parmi lesquels quatre femmes. C'est ainsi que le 29 juin 1564 les Français fondèrent Fort Caroline (la Caroline, ainsi nommée en hommage au Roi Charles IX), au sommet de St. Johns Bluff, à proximité de l'actuelle Jacksonville.

René Goulaine de Laudonnière, Huguenot et Capitaine de Marine (avec l'aimable autorisation des Archives d'Etat de Floride).

Au début, les Indiens aidèrent les Français et ceux-ci étaient reconnaissants à la tribu locale des Timucuans qui les approvisionnaient en graines et fruits. Pour célébrer ce succès apparent, le 30 juin 1564, le Capitaine Laudonnière organisa une cérémonie, à propos de laquelle il écrivait : « Nous chantâmes à Dieu un chant d'action de grâces, L'implorant de continuer à répandre sur nous les témoignages de sa bonté auxquels Il nous avait habitués». Ceci se passait 57 ans avant la célèbre cérémonie d'Action de Grâces de Plymouth, Mass.

Athore, fils du chef de la tribu locale des Timucuans, montrant à Laudonnière le monument érigé en 1562 par Ribault (gravure d'après Jacques Lemoyne, avec l'aimable autorisation des Archives d'Etat de Floride).

Ribault Monument in the Fort Caroline National Memorial - Jacksonville, Florida

Le monument Ribault, St Johns Bluff, érigé à cet endroit en 1958 (avec l'aimable autorisation des Archives d'Etat de Floride)

Mais, la situation changea rapidement, et, au cours de l'année suivante, les colons de Fort Caroline durent affronter la famine, les Indiens et les mutineries. De plus, les autorités espagnoles n'appréciaient pas la présence de la colonie française car elle remettait en question leur pouvoir dans la région.

En juin 1565 Ribault fut libéré par les Anglais et Coligny le renvoya en Floride. Lé 28 août, Ribault à la tête d'une flotte importante et de centaines de soldats huguenots débarqua à Fort Caroline et prit le commandement de la colonie. Cette nouvelle ne fut pas bien accueillie par l'Espagne catholique qui elle aussi tentait d'établir son autorité dans la région. La Couronne donna ordre à Don Pedro Menéndez de Avilés (1519-74) récemment nommé Gouverneur Espagnol de Floride, de supprimer l'avant-poste français. Après un bref accrochage entre les navires de Ribault et de Menéndez, les Espagnols se retirèrent à 35 miles au Sud, où ils établirent leur colonie à l'endroit qui devint ensuite St. Augustine. Ce fut le premier engagement naval connu entre des pays européens dans les eaux territoriales de l'Amérique du Nord.

Ribault poursuivit la flotte espagnole avec plusieurs de ses bateaux et la plus grande partie de ses soldats, mais, il dut affronter une violente tempête qui dura plusieurs jours. Pendant ce temps Menéndez fit débarquer ses forces et, le 29 septembre, lança une attaque surprise sur la garnison de Fort Caroline où se trouvaient environ 250 personnes. Seuls quelques soldats, parmi lesquels Laudonnière, parvinrent à s'enfuir et à échapper à l'exécution.

Map of the French colony between 1562 and 1565

Carte française de la côte de Floride, 17ème siècle (avec l'aimable autorisation des Archives d'Etat de Floride).

La totalité de la flotte de Ribault -y compris le vaisseau amiral Trinité- soit disparut en mer soit fit naufrage sur la côte au sud de St. Augustine. Ribault et ses marins, à bout de forces, furent finalement repérés par les indigènes qui alertèrent aussitôt Menéndez et ses troupes. Les Espagnols armèrent un bateau pour se porter à la rencontre des naufragés Français et leur enjoignirent de se rendre. Pensant, apparemment, que ses hommes seraient bien traités, Ribault se rendit le 12 octobre. Mais, pour Menéndez, Ribault et ses hommes étaient des hérétiques. Il les fit exécuter dans la crique de Matanzas, près de St. Augustine (la crique a gardé le nom qui rappelle cette exécution). Seuls quelques Français échappèrent au massacre, parmi lesquels le jeune artiste Jacques Lemoyne (1533-88) qui parvint à retourner en Europe où à partir des aquarelles qu'il avait peintes en Floride Théodore de Bry réalisa des gravures qui furent ensuite rassemblées en un livre, Brevis narratio eorum quae in Florida Americae Provicia Gallis Acciderunt, (« Histoire brève ce qui advint aux Français en Floride »), publié à Francfort, en 1591.

« Six autres rivières découvertes par les Français » . Une gravure de de Bry, d'après une aquarelle de Le Moyne, 1564 (avec l'aimable autorisation des Archives d'Etat de Floride).

Ces événements mirent un terme aux tentatives françaises de colonisation de la côte Atlantique au Sud-Est de l'Amérique du Nord. Les Espagnols détruisirent Fort Caroline et, sur le même site, construisirent leur propre fort qu'ils baptisèrent San Mateo. En avril 1568, le mercenaire et aventurier français né à Bordeaux, Dominique de Gourgues (1530-93), à la tête d'une force française, attaqua le fort San Mateo, parvint a s'en emparer et l'incendia. Puis, pour venger les massacres perpétrés en 1565, il assassina les prisonniers espagnols. Les soldats et marins espagnols reconstruisirent le fort et, l'année suivante, l'abandonnèrent de façon définitive.

Nouvelle France - Floride.png

Les premières explorations et colonies française en Floride (avec l'aimable autorisation Consulat Français à Miamii)

Liens associés:

Florida Department of State, Division of Historical Resources
Tallahassee, 2012