III. Entre guerres et revolutions

7. Campbell Town: les Huguenots français en Floride occidentale britannique

Immédiatement après avoir pris le contrôle de la Floride en 1763, le gouvernement britannique entreprit une importante campagne pour attirer des colons sur la côte du Golfe de Floride où un nouveau Gouverneur, le Commodore George Johnstone, venait d'être nommé.

Le 21 novembre 1763, un article dans la London Gazette appelait toute personne souhaitant immigrer en Floride Occidentale à faire une demande en vue d'obtenir une concession. Parmi les nombreuses pétitions reçues par la Chambre de Commerce de George III se trouvait la demande officielle, datée du 27 juin 1765, de plusieurs Protestants français indiquant « qu'ils souhaitaient émigrer en Floride Occidentale pour y pratiquer la culture de la vigne et l'élevage des vers à soie » et sollicitaient qu'on leur offre le voyage, des vêtements, des outils et tout autre moyen de subsistance dont ils avaient momentanément besoin. Simultanément, Montfort Browne, récemment nommé Lieutenant-Gouverneur de la province de Floride Occidentale, fit la même offre, proposant son aide financière pour accompagner 60 émigrants français (et quelques Irlandais) au Nouveau Monde. Après ce discours convaincant, la Chambre de Commerce donna son accord pour que le Lieutenant-Gouverneur Browne transporte 60 colons jusqu'à Mobile ou Pensacola. Pour chaque colon il recevrait une aide monétaire préalablement fixée. Dès leur arrivée en Caroline Occidentale, les colons français devaient recevoir des armes et des outils ainsi que neuf mois de vivres. L'accord final fut signé le 5 juillet 1965 et, à l'automne de cette même année, le navire Red Head, transportant Browne et les futurs colons, quitta Cork, en Irlande. A la mi-janvier 1766, ils arrivèrent tous à Pensacola, la Floride Occidentale.

Le 20 janvier 1766, le Lieutenant-Gouverneur Browne prêta serment devant le Conseil de Floride Occidentale. Pendant ce temps, les nouveaux arrivants français- 22 hommes, 8 garçons, 12 femmes mariées et 4 filles, selon un rapport- en attente de la décision des autorités, furent placés dans un hôpital provisoire construit pour les troupes britanniques. Browne présenta au Gouverneur Johnstone une lettre par laquelle la Chambre de Commerce lui enjoignait de fournir (aux colons français) une commune de 10.000 hectares, située « sur tel endroit qu'ils choisiront eux-mêmes en fonction de leurs projets ».

Carte britannique de la Floride occidentale, circa 1767 (avec l'aimable autorisation de la collection de Cartes de la Bibliothèque Perry-Castenada)

Une délégation des immigrants français visita plusieurs terrains avant de choisir, près de la rivière Escambia, un emplacement, qu'ils appelèrent Campbell Town (aujourd'hui Comté d'Escambia) « situé à 20 miles de Pensacola par la mer et 10 miles par la route, un terrain dont la beauté et la richesse du sol sont incomparables ». Browne pourtant n'était pas de cet avis, car moins d'un an plus tard il informait la Chambre de Commerce que les colons «à leur arrivée avaient malheureusement choisi pour s'établir un endroit malsain».

 La première année qui suivit la nomination de Browne au poste de lieutenant gouverneur fut assez agitée car il était constamment en conflit avec les autorités locales au sujet du paiement des provisions et munitions des colons français. Certaines de ses revendications concernant les terres allouées furent contestées et, ses relations avec le gouverneur Johnstone devinrent difficiles lorsque Browne prit le parti de certains officiers de la garnison locale dans les conflits qui les opposaient au gouverneur. Johnstone quitta la Floride occidentale en janvier 1767, laissant les pleins pouvoirs à Browne.

Il reste peu de documents concernant la colonie française de Campbell Town. La totalité de la ville était divisée en lots. Pour l'attribution des lots, priorité était donnée aux colons mariés tandis que c'est une loterie qui décidait des lots des célibataires. Bien que les colons se fussent installés à Campbell Town, y construisant des maisons et cultivant la terre, seuls quelques uns se préoccupèrent de déposer une demande pour l'attribution de terres.

Pour se protéger des attaques des tribus locales des Indiens Creek, il fut décidé de construire à Campbell Town une « fortification convenable » pour protéger femmes et enfants en cas d'attaque des Indiens. Certes les Indiens constituaient une menace réelle, mais, en outre, les immigrants français avaient beaucoup de mal à survivre. Début 1767 ils adressèrent une pétition à Browne pour lui demander un supplément de provisions et une assistance militaire. Pour traiter avec les autorités britanniques, les Français furent contraints de signer une requête spécifiant qu'ils devaient rester dans les limites de la ville et cultiver leurs terres ou y renoncer. La collecte des signatures ne se passa pas très bien. En décembre 1767, le Révérend Levrier adressa une pétition pour demander d'autres terrains pour les colons. Ces terrains furent attribués en avril et décembre 1770

Pendant ce temps, le déclin de la population de Campbell Town se poursuivait et, au cours de l'été 1768, Browne écrivit à la Chambre de Commerce que «les immigrants avaient depuis longtemps abandonné Campbell Town en raison de son insalubrité.» Toutes les tentatives pour créer une représentation satisfaisante des colons restants avaient échoué et au début de 1770 le lieu était complètement désert. Certains immigrants étaient certainement morts de la fièvre jaune et d'autres avaient peut-être quitté la province pour trouver de meilleures conditions de vie.

D'après Barton J. Starr, « Campbell Town, French Huguenots in British West Florida », Florida Historical Quaterly 54, N° 4(1976) : 532-47.

8. Naufrages, aventuriers célèbres et prisonniers de guerre

En Janvier 1776, un navire marchand français, Le Tigre, commandé par le Capitaine La Couture, parti de St. Dominique (Haïti) et faisant route vers la Nouvelle Orléans, fut pris dans une tempête et fit naufrage à Dog Island, au large du lieu qui se trouve aujourd'hui à proximité de Carrabelle (Comté Franklin). Sur les 15 passagers qui purent atteindre le rivage, seuls trois étaient encore vivants (vraisemblablement après des actes de cannibalisme) lorsqu'ils en mai de cette même année ils furent retrouvés par une patrouille partie de Fort Saint Marks, sous les ordres d' un officier de l'armée britannique, le Lieutenant George Swettenham. Pierre Viaud, 41 ans, originaire de St. Nazaire et disposant du permis nécessaire à son activité de marin de commerce, consigna par écrit le récit des souffrances qu'ils eurent à subir dans un environnement hostile et leurs rencontres avec les Indiens locaux. Ce récit fut ensuite publié sous le titre « Naufrage et Aventures de Monsieur Pierre Viaud » (Bordeaux, 1768 ; version anglaise publiée en 1771).

Après le sauvetage, les trois survivants - Viaud, la veuve du Capitaine La Couture et son fils - furent présentés au Gouverneur de la Floride Orientale, James Grant, qui leur offrit le voyage jusqu'à New York.

En 1776, Français et Espagnols espéraient pouvoir reprendre tout ce que les Britanniques leur avait fait perdre en Amérique du Nord. Bien que le roi de France, Louis XVI, acceptât de soutenir les Américains dans leur révolte contre les Britanniques, sa véritable intention était de faire renaître la nouvelle France et le territoire de la Louisiane française. A mesure que la révolution américaine s'amplifiait, les Français envisagèrent de participer à des attaques en Floride orientale et occidentale, mais uniquement en coopération avec l'Espagne ou les Etats-Unis. Charles-François Sevelinges Marquis de Brétigny (1758-93), capitaine de la Garde Royale, introduit au Congrès sur recommandation de Benjamin Franklin (Ambassadeur en France) était arrivé en Amérique au début de 1778. Malheureusement, Brétigny et ses 10 compagnons -de jeunes officiers apportant uniformes et équipements pour l'Armée Continentale -, furent capturés par les Britanniques et détenus dans la prison de St. Augustine au Fort Saint Marks. Ils partagèrent le sort de quelque 400 marins français, dont « l' arrivée » soudaine augmentait considérablement la population de St. Augustine et constituait une menace pour la sécurité dans la capitale de la Floride Orientale. Ceci ne manqua pas d'inquiéter le Gouverneur Colonial britannique Patrick Tonyn (en fonction de 1775 à 1783) qui, dans le cadre d'un échange de prisonniers les envoya aux Antilles. Après près de six mois de captivité, le Marquis de Brétigny parvint à s'évader. A la fin de l'été 1778 il se trouvait à Philadelphie où, mettant en évidence devant le Congrès les points faibles des défenses de St Augustine, il préconisa de monter une expédition contre la Floride orientale. Cependant, en raison de la chute de Savannah aux mains des Britanniques et de l'afflux de Loyalistes dans la région en décembre 1778, pour le moment, au moins, la Floride occidentale demeurait aux mains des Britanniques.

Watchtower, wall and moat at Castillo de San Marcos - Saint Augustine, Florida.

Castillo de San Marcos à St Augustine (avec l'aimable autorisation des archives d'Etat de Floride)

Début novembre 1804 se produisit un nouvel incident impliquant les Français. L'HSM Athenaise, un navire de 350 tonnes, construit en Normandie et tombé entre les mains des Britanniques, parti de la Jamaïque faisait route vers l'Angleterre avec à son bord 184 prisonniers français qui devaient être échangés. Pris dans une tempête l'Athenaise fit naufrage sur la côte près de l'actuelle Fort Lauderdale. Les survivants avaient pu sauver la plus grande partie de leurs vivres mais la plupart d'entre eux décidèrent de marcher vers le nord en longeant le rivage. Après avoir marché pendant deux semaines et parcouru près de 500 km, affamés et épuisés ils arrivèrent à St. Augustine où ils furent recueillis par les soldats espagnols, à l'époque alliés des Français.

Liens associés:

  1. Brief of Marquis de Bretigny's biography
    http://www.ncmarkers.com/Markers.aspx?sp=search&k=Markers&sv=C-27

  2. Shipwreck and Adventures of Monsieur Pierre Viaud (édition 1771)
    http://books.google.com/books?id=S1_QAAAAMAAJ&printsec=frontcover&dq=Shipwreck+and+Adventures+of+Monsieur
    +Pierre+Viaud&hl=en&ei=E__wTsr5HpGCtgfFz_HQBg&sa=X&oi=book_result
    &ct=bookthumbnail&resnum=2&ved=0CDoQ6wEwAQ#v=onepage&q=Shipwreck%20and%20Adventures%20of%20Monsieur%20Pierre%20Viaud&f=false

Florida Department of State, Division of Historical Resources
Tallahassee, 2012